C'est une surprise même si la décision est limpide : le Conseil constitutionnel a invalidé la taxe carbone, en raison de" l’importance des exemptions
totales de contribution carbone". (Des exemptions) contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créant une rupture
d’égalité devant les charges publiques" .
Voici les exemptions évoquées par le Conseil :
- les émissions des centrales thermiques produisant de l’électricité
- les émissions des 1018 sites industriels les plus polluants (raffineries, cimenteries, cokeries, verreries)
- les émissions des secteurs de l'industrie chimique utilisant de manière intensive de l'énergie
- les émissions des produits destinés à un double usage
- les émissions des produits énergétiques utilisés en autoconsommation d'électricité
- les émissions du transport aérien
- les émissions du transport public routier de voyageurs.
En outre, relève le Conseil, étaient taxées à taux réduit les émissions dues aux activités agricoles ou de pêche, au transport routier de marchandises et au transport maritime.
Soit, disent les Sages, des exonérations représentant 93 % des émissions d’origine industrielle, hors carburant, ce qui ne permet pas à la contribution climat-energie de remplir sa
mission.
Des arguments imparables, certains constitutionalistes avaient d'ailleurs à l'époque mis en garde contre le risque d'inconstitutionnalité, mais sans grand échos.
Il faut toutefois rappeler que les électriciens, cimentiers, pétroliers, et bientôt les compagnies aériennes sont soumises au système européen d'échange des quotas, ce qui avait justifié les
exemptions pré-citées.
En résumé, ce sytème est le suivant : les sociétés se voient allouer par Bruxelles- sur proposition des Etats- des permis d'émettre du CO2 et si elles dépassent ces quotas,
elles doivent acheter sur le marché des permis supplémentaires.
Aujourd'hui, la crise fait que les entreprises dépassent rarement leurs quotas, mais en temps normal, le système permet d'encourager les comportements les plus vertueux,
car les société peuvent, si elles ont émis moins qu'autorisé, revendre des permis sur le marché.
Mais pour le Conseil, ce régime ne peut justifier les exemptions liées à la taxe carbone, ces quotas étant attribués à titre gratuit jusqu'en 2013.
Les Sages souhaiteraient donc que les entreprises des secteurs soumis à ce marché paient aussi la taxe carbone, mais cela semble totalement inenvisageable,
les industriels ne resteraient pas les bras ballants, le Medef prendrait la parole et le gouvernement serait dans une mauvaise passe.
On ne voit donc pas bien comment les pouvoirs publics vont pouvoir s'en sortir, même si François Fillon annonce qu'une nouveau projet de loi va être proposé au conseil des
ministres du 20 janvier et que Nicolas Sarkozy se dit déterminé à faire aboutir cette réforme.
Et puis, un autre point n'a pas été abordé par le Conseil constitutionnel : les différences de traitement entre les ménages : le montant des réductions d'impôt ou des chèques verts
pour les personnes non imposables variant selon qu'on habite dans une zone desservie ou non par les transports, et selon la taille de la famille. Le premier point étant
d'ailleurs plutôt complexe à déterminer (cf mon post précédent : Taxe carbone : les décisions de Sarkozy )
Bref, cette contribution climat-énergie a été batie au forceps et mal ficelée. Même si l'intention de départ semble louable, le résultat laisse un goût amer. Et après l'échec de
Copenhague, on peut parler d'un nouveau fiasco.
Pas sûr que la France sorte grandie de cet épisode ...
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