Récit de voyage sur les traces du riz équitable

Publié le par ALJ

J'ai eu la chance de partir en voyage de presse en Thaïlande afin de rencontrer des producteurs bénéficiant du commerce équitable. Je vous livre le script de mon reportage (reportage audio), reportage réalisé en 2002 :


Nous sommes dans l'une des zones les plus pauvres de la Thaïlande. La province de Surin, non loin de la frontière avec le Cambodge, est une région agricole où de petits paysans cultivent du riz, essentiellement pour se nourrir. La précarité est telle que les membres des familles partent de leurs villages pour travailler ailleurs : certains à Bangkok la capitale, d'autres en dehors des frontières, à Hong Kong, en Chine etc. Toutefois, à Surin, une poignée de paysans ont nettement amélioré leur niveau de vie, en travaillant selon les principes du commerce équitable. 

 

Sanoid Bonsuk préside le groupe d’agriculture biologique de Surin. Ses 245 membres bénéficient à des degrés divers d’un meilleur prix que celui offert sur le marché local. Et par rapport à la situation qui prévalait avant, il n'y a aucune comparaison possible : " avant l’arrivée du commerce équitable, les paysans vendaient le riz aux intermédiaires chinois, mais à un prix trop bas pour compenser l'investissement réalisé. Résultat : ils entraient dans la spirale de l'endettemment. Aujourd'hui, ils ont une alternative, ils cultivent un meilleur riz et le vendent à un prix raisonnable : leur niveau de vie s'est donc amélioré "


C'est l'entreprise suisse Claro qui leur a offert cette opportunité. Spécialisée dans l'importation de produits équitable, cette société anonyme a, il y a 10 ans, porté son attention sur cette partie du monde. Ses responsables avaient à l'époque frappé à la porte de Luang Pho Nan. Ce moine bouddhiste respecté d'un village proche de Surin avait déjà nettement contribué à améliorer la gestion des cultures dans les fermes avoisinantes. Une banque de riz avait pu être créée, pour subvenir aux besoins de la collectivité. 

Attentif à la proposition de Claro, Luang Pho Nan n'a pas tardé à convaincre les agriculteurs de s'engager dans le projet, et aujourd'hui il ne regrette rien : " le commerce équitable a bien sûr amélioré le pouvoir d'achat des paysans, mais au delà , il a appris aux villageois à travailler ensemble, à être solidaire, et à résoudre  les problèmes ensemble. Et puis cela améliore aussi la qualité de l'environnement : plus les paysans adhèrent au système, plus ils passent à la culture biologique et délaissent les produits chimiques "

 

Car les organisations du commerce équitable se sont aussi données pour mission le développement d'une culture raisonnée. En Thailande, ce qu'on appelle la Révolution Verte, avec utilisation intempestive des produits chimiques, a provoqué de nombreux dégâts. Il faut revenir à une méthode plus traditionnelle, et plus respectueuse de l'environnement, même si ce n’est pas toujours facile.

Bootan Seanmee est chargée de la promotion de la culture organique auprès des paysans de Surin : « au début, les paysans pensaient ne pas pouvoir y arriver, quand vous commencez à faire de l’organique (du bio)  la première année, les récoltes chutent, il faut trois ans afin de revenir aux mêmes niveaux de production qu’avant. Mais le changement est de taille : notre niveau de vie est meilleur. »

 
Car outre les bienfaits pour la santé et l’environnement, le riz bio est payé plus cher que le riz dit conventionnel. Et implique aussi le versement d’une prime par les organisations du commerce équitable. Une somme qui couvre les frais de fomation et de certification.


Le bio, c’est aussi le dada de Green Net : la coopérative qui exporte vers l’Europe le riz de Surin mais aussi celui de la ville proche de Yasston. Sur 240 tonnes, 110 tonnes sont certifiés biologique par Green Net. Mais si l'objectif est bien sûr d'accroitre les récoltes de riz bio, les préoccupations du président de la coopérative Vitoon Panyakul, portent aussi sur la faiblesse des montant exportés : " Nous exportons entre 240 et 250 tonnes de riz par an. Cela pourrait paraître conséquent, mais c'est en fait relativement peu par rapport aux capacités de production de nos paysans. Ces derniers peuvent produire plus de 3.000 tonnes par an de riz bio et de riz "traditionnel". Et le commerce équitable devrait regarder avec attention cet énorme marché qui s'offre à lui".

 

Nous prenons maintenant congé de Surin, car une autre initiative nous attend plus au nord.. nous sommes toujours dans la région Isan, mais cette fois non loin de la frontière avec le Laos. A Bamphoen, village de la province de Loei. 

Henri Soule, français marié à une thaïlandaise, et père d’un petit garçon, a créé une coopérative, afin d’exporter du riz dans les conditions du commerce équitable. Il le reconnaît : sans son épouse, il n’aurait pu monter un tel projet. C’est elle qui assure d’ailleurs la présidence de la société Moojet. Henri a déjà rassemblé 45 paysans, mais souhaite s’allier avec une autre coopérative, forte elle de 1.000 membres, les discussions sont bien avancées.

En parallèle, il donne un coup de main à la société française Alter-Eco. Cette entreprise est aujourd’hui la seule sur le marché à proposer à la grande distribution les produits du commerce équitable. Ainsi, depuis moins d’un mois, Monoprix distribue 13 produits alimentaires sous la marque Alter-eco. Parmi ces derniers, deux catégories de riz issus des terres de Surin…

 

Aujourd'hui le consommateur français est sensible à la démarche du commerce équitable, et est même prêt à payer un peu plus, mais réclame avant tout, et c'est légitime, de la qualité. A Surin, on est attentif à cette question, et on tente d’améliorer la qualité d’un riz qui parfois se casse. Le challenge est important pour les producteurs, mais le succès des produits du commerce équitable à grande échelle est aussi à ce prix…

 

Date du reportage : 2002

 


Depuis de nombreuses sociétés ont emboité le pas à Alter-eco, et fleurissent sur les rayons de la grande distribution. Les produits issus du commerce équitable sont encore toutefois très faiblement représenté dans le panier moyen des consommateurs français.

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Publié dans Commerce équitable

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